Une réflexion sur l’art et la beauté avec Charles Pépin

« La beauté n’est que la promesse d’un bonheur partagé. » Kant

Grâce au magazine Psychologies, j’ai pu visiter la nouvelle expositions sur les Nabis et le décor au musée du Luxembourg, et en plus en visite guidée ! Habituellement, un guide nous parle des œuvres, de l’époque en question, des artistes, de leurs doutes, de leur manière de créer, de leurs peurs et de leurs obsessions. Mais cette visite n’était pas comme les autres. Nous avions pour guide le philosophe Charles Pépin. Si vous ne le connaissez pas encore, il anime des conférences philosophiques dans les cinémas MK2 parisiens, il écrit régulièrement dans le magazine Psychologies et il écrit aussi des livres passionnants sur la beauté, l’échec ou encore la joie.

En arrivant dans la première salle de l’exposition, il nous a tout de suite dit qu’il était comme nous, et que grosso modo, les Nabis, il n’y connaissait pas grand chose. Le décor était posé. Seulement, après nous avoir dit ça, il a enchaîné sur le fait que, pour une fois, nous n’aurions pas un guide qui parasiterait les œuvres de tout ce qu’elles comportent d’histoire et d’anecdotes. On n’aurait pas les dates, pas les circonstances de création, rien sur la personnalité des artistes. Il nous fallait faire une seule chose : regarder et ressentir. Or, dans les musées, il est vrai que nous ne ressentons plus. Nous tentons sans cesse d’interpréter ce que nous voyons pour comprendre comment et pourquoi les œuvres ont été créées, quelle était la popularité de l’artiste au moment de la création, son idéologie, et comment il se comportait avec sa femme. Bref, tout pour scléroser l’émotion.

Alors nous sommes allées (oui, il n’y avait que deux hommes dans l’assemblée : un homme au milieu du groupe de femmes et Charles Pépin face à toutes ces femmes — pour parler de la beauté, pas meilleur public) de salle en salle, en tentant de ressentir et non pas de chercher à comprendre. Entre chaque moment de silence, Charles Pépin nous a expliqué les notions de la beauté en philosophie chez Kant, Freud ou Hegel. Je n’en parlerai jamais aussi bien que leurs auteurs eux-mêmes ou Charles Pépin dans son passionnant petit livre : Quand la beauté nous sauve – Comment un paysage ou une œuvre d’art peuvent changer notre vie, paru chez Marabout poche, alors je vous invite vivement à le lire si la question vous intéresse.

Ce principe de l’interprétation invite à réfléchir. Il est vrai que nous sommes sans cesse invités à interpréter les choses, à comprendre pourquoi un artiste a jeté de l’encre bleu sur un tableau blanc, et pourquoi il n’a pas plutôt fait l’inverse. Et si nous arrêtions de réfléchir à tout prix face à l’art ? Car cela va bien plus loin que l’exposition sur les Nabis qui invite peu à la polémique. Ne sommes-nous pas assaillis de polémiques provoquées par des hommes et des femmes qui ne supportent plus le mal dans son ensemble, qui voient des dérives malsaines d’artistes quand les œuvres sont trop violentes ou qu’elles montrent peut-être trop crument la réalité ? Parfois, il n’y a aucune réflexion, juste de la bêtise, mais cette volonté de tout expliquer et de tout interpréter provoquent tout un tas de polémiques inutiles (pour ne pas la citer, la Sorbonne en a fait les frais il y a peu de temps…). Ce matin, avant de commencer à rédiger cet article, j’ai lu l’interview de Bret Easton Ellis dans le dernier numéro des Inrocks, où il explique :

« Si en regardant Taxi Driver, qui est un chef-d’œuvre cinématographique, tout ce que vous voyez c’est que Robert de Niro est un personnage politiquement incorrect qui ne devrait pas être dans ce film, que ce film le glorifie car il en est la star, et dès lors glorifie le mouvement « incel » [un article du Monde vous explique ce que c’est], alors qu’est-ce que vous direz d’American Psycho ? C’est une génération qui croit que l’idéologie est le message, donc celle-ci doit forcément être très positive, optimiste. Ils ne peuvent pas voir la métaphore. Je me demande ce qu’ils garderont. Dans Hamlet, il y a meurtre, infantile… Dans Macbeth, il y a le meurtre d’enfants… J’imagine que les textes de Toni Morrison doivent aussi avoir des trigger warnings — c’est ce qu’ils font dans les collèges maintenant ! »

Bret Easton Ellis, interviewé par Nelly Kaprièlian dans Les Inrocks.

Sur ce, je vous laisse réfléchir aussi…

Site du magazine Psychologies

Site du Musée du Luxembourg

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Personnages dans un intérieur d’Edouard Vuillard
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La légende Saint Hubert de Denys Cochin
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Personnages dans un intérieur d’Edouard Vuillard

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