« Le monde est mon langage » d’Alain Mabanckou

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alain-mabanckouLe monde est mon langage, d’Alain Mabanckou, 2016, Grasset, 314 pages, 19€.

Alain Mabanckou nous livre ses rencontres avec des écrivains des quatre coins du monde. De Jean-Marie Le Clézio à Douglas Kennedy, en passant par Dany Laferrière, Sony Labou Tansi, jusqu’à Edouard Glissant ou encore Gary Victor, Bessora ou Jocelyn le Bachelor, l’homme de la Sape de Château-Rouge. Alain Mabanckou révèle quelques rencontres avec des inconnus également. Dans tous les cas, elles sont intéressantes et révèlent quelque chose de l’usage de la langue à travers les pays. Quelle langue parle-t-on ? Quelle langue choisit-on d’apprendre ? De parler ? Quelle langue sera celle de l’écriture ? En quelle langue lit-on ? Quel lien entre toutes ces langues ?

Le monde est mon langage est un livre passionnant, qui nous parle du travail de l’écrivain, de sa vision de l’écriture et de la langue qu’il choisit pour écrire. La langue est vraiment le fil conducteur de ce livre chapitré en fonction des pays. On rencontre Douglas Kennedy à Marrakech ou Dany Lafferière à Montréal. Alain Mabanckou nous raconte que lorsque son père se mettait en colère il s’exprimait en français, ou que Douglas Kennedy refuse de parler anglais dans un pays francophone. Toutes ces anecdotes révèlent quelque chose de notre rapport à notre langue natale et à toutes ces langues que l’on apprend au fur et à mesure du temps. 

Alain Mabanckou fut au Collège de France cette année. Vous pouvez toujours revoir ses cours

Site officiel d’Alain Mabanckou  

« La passion des écrivains » de Josyane Savigneau 

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La passion des écrivains, recueil de rencontres de Josyane Savigneau, Gallimard, 2016, 259 pages, 21€.

Dans la même idée que le recueil de Florence Noiville, Josyane Savigneau nous livre ses rencontres les plus marquantes depuis ses débuts au Monde des Livres en tant que journaliste. Des portraits, des rencontres, de Simone de Beauvoir à Martin Amis, en passant par Dominique Rolin, Pierre Bergé, Toni Morrison, jusqu’à Doris Lessing ou encore Françoise Sagan. Des hommes et des femmes qui ont révolutionné ou marqué de leur empreinte la littérature de leur pays avec force et vigueur. Josyane Savigneau a rencontré tous ces écrivains. Au début de chaque portrait, la journaliste nous raconte la genèse de ces rencontres. Elle nous parle d’elle, de son statut de journaliste, de sa fascination pour certains écrivains chez qui elle doit se rendre. Avant de sonner à la porte d’un auteur qu’elle admire, elle peut parfois faire plusieurs fois le tour du pâté de maisons avant de s’y rendre.

Cette compilation de portraits et de rencontres n’est pas qu’une accumulation d’articles parus dans Le Monde des livres. C’est aussi la genèse des articles journalistiques, des pensées d’une journaliste. Pour une fois, le lecteur peut passer de l’autre côté, dans les coulisses de la création d’un portrait, dans les bureaux d’un journal, pour comprendre un peu mieux le ressenti de cette femme qui a livré des pages et des pages au Monde, depuis des années. Passionnant d’un point de vue littéraire, car Josyane Savigneau retrace les grands moments de ces écrivains et qu’elle nous livre leurs pensées. Il est tout aussi passionnant d’entrer dans son esprit de journaliste et d’apprendre à décrypter un peu mieux la création d’un article.

Le meilleur cadeau de Noël que vous puissiez faire aux amoureux de la littérature !

Articles de Josyane Savigneau pour Le Monde

Site des Editions Gallimard

« Hipster animals – Un bestiaire urbain » de Dyna Moe

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dyna-moeDyna Moe, Hipster Animals – Un bestiaire urbain, Hugo Image, octobre 2016, 106 pages, 14€50

Dyna Moe est une illustratrice et scénariste, qui vit à New York. Dans ce recueil, elle présente un certain nombre de personnages issus de catégories socio-professionnelles bien définies, tout en restant des hipsters. Elle les classe et renforce les clichés avec humour et précision. Elle a observé ces créatures et a transformé les êtres humains en animaux. Le bestiaire des hipsters, donc. Un pizzaiolo new wave, le SDF occasionnel qui se rebelle contre sa famille de classe moyenne, le fils à papa toxique qui « mène une vie dissolue dans un studio à 5000 € par mois », l’obsédé de la sneaker (on en connaît tous), le narcisse d’Instagram (on en connaît tous aussi), le fétichiste des médias obsolètes, le primo-romancier sexy…

Pourquoi on tweete ?
J’ai acheté 10 000 abonnés pour essayer de caser mon manuscrit chez un éditeur. J’achèterai 10 000 personnes pour lire mon livre. »

On ne comprend pas toujours tout, mais on retrouve forcément des figures de notre entourage ou de la sphère médiatique. De l’humour toujours, de la dérision, du cynisme, du sarcasme. Mêlés à des illustrations toutes plus étonnantes et amusantes les unes que les autres, Dyna Moe réalise ici un livre parfait pour offrir. Un cadeau de Noël à tous les adolescents et hipsters (ayant le sens de l’humour) de votre famille !

Site de Hipster animals

Site des éditions Hugo & Cie

Harry Potter et l’enfant maudit

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harry-potter-et-lenfant-mauditHarry Potter et l’enfant maudit, pièce de théâtre de Jack Thorne, d’après une histoire originale de J.K. Rowling, Gallimard, 2016, 352 pages, 21€.

Il n’aura pas fallu beaucoup de temps à ce dernier tome des aventures d’Harry Potter pour arriver en tête des ventes. Des milliers de fans avaient déjà acheté le livre dans sa version originale, en anglais, sorti en juillet dernier. Pour les plus patients qui attendaient la sortie du livre en français, le voici en librairie depuis mi-octobre.

Harry Potter et l’enfant maudit est le huitième tome de la saga. Ce n’est pas un roman, mais une pièce de théâtre. Nous sommes dix-neuf ans plus tard. Harry Potter est marié à Ginny, la sœur de Ron Weasley, avec qui il a trois enfants. Quant à Hermione Granger et Ron, ils se sont mariés, et ont aussi des enfants ensemble. Les petits sorciers sont devenus grands.

Albus Severus Potter, le second fils d’Harry et Ginny, entre à Poudlard et sa plus grande crainte est de finir à Serpentard. Il a comme un pressentiment… Son père lui rappelle que son nom rend hommage à la fois à Albus Dumbledore et à Severus Rogue. Ce dernier fut un homme important dans la vie d’Harry, et il était pourtant à Serpentard. Mais les relations entre le père et le fils s’enveniment. Et le jeune Albus fait la rencontre d’un certain Scorpius Malefoy, le fils de Drago Malefoy…

Quand on a passé de longues nuits de son adolescence et de son enfance à lire Harry Potter avec une petite lampe torche sous sa couette, un énième volume de la saga provoque inévitablement un retour en enfance. Lorsque j’ai eu le livre entre les mains, je l’ai commencé le soir et fini dans la nuit. Comme avant. Pour les amoureux d’Harry Potter, le fait que ce soit une pièce de théâtre ne change rien. L’intrigue nous entraîne, les références aux anciens personnages nous replongent immédiatement dans l’univers. On ne lâche plus le livre, jusqu’à la dernière page. Les rebondissements s’enchaînent, la construction est implacable, comme dans les anciens volumes. Le petit Albus devient le nouveau Harry. Et on repartirait bien pour de nouvelles aventures…

Site des éditions Gallimard

« Écrire c’est comme l’amour » de Florence Noiville

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Florence Noiville, Écrire c’est comme l’amour, Autrement, octobre 2016, 227 pages, 19€

Florence Noiville est critique littéraire et responsable de la littérature étrangère au Monde. Elle nous livre 29 de ses portraits les plus marquants, qu’elle a réalisés depuis 1994. En parcourant le monde, à la rencontre des écrivains contemporains les plus emblématiques, Florence Noiville dévoile les coulisses de l’écriture d’écrivains tels que Saul Bellow, Aharon Appelfeld, Milan Kundera, Nadine Gordimer, Thanassis Valtinos, Don DeLillo, Mario Vargas Llosa, ou encore Sempé. Elle a parcouru les quatre coins de la planète pour les rencontrer et les faire parler d’eux, de leurs écrits, de leur manière de travailler, de leur vision du monde, afin de disséquer avec plus de précisions leur dernier livre, et comprendre ce qu’il se passe dans les cuisines de l’écriture.

On découvre que Toni Morrison a été éditrice pour Random House pendant 19 ans et qu’elle a été l’éditrice d’Angela Davis. Carlos Fuentes, comme l’écrivain Dany Laferrière, parle de la langue dans laquelle on écrit et dit : « N’habite-t-on pas la langue dans laquelle on écrit ? ». Mario Vargas Llosa nous apprend que dans les maisons espagnoles, il faut se méfier de la « folle de la maison », qui n’est autre que la littérature. Florence Noiville nous donne envie de lire ces auteurs qu’elle a rencontrés, elle nous fait découvrir des auteurs que l’on ne connaissait pas forcément, ou que l’on apprend à mieux connaître, grâce à elle. Un livre passionnant, qui aime les écrivains et la littérature. Qui aime l’écriture et la lecture. Qui donne envie de lire toujours plus.

Site de Florence Noiville

Site des Editions Autrement

Quand Edouard Baer dit Patrick Modiano

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Bar du Théâtre Antoine / © Myriam Thibault

Édouard Baer lit Un pedigree de Patrick Modiano. Il avait fait cette lecture il y a quelques années, avant que le prix Nobel ne soit attribué à l’écrivain. Édouard Baer recommence au Théâtre Antoine depuis le mois de septembre. Une très belle lecture d’un texte qui parle de l’enfance de Modiano, du passé, de la construction, du nom, des origines.

Je suis un chien qui fait semblant d’avoir un pedigree.

Même si parfois le ton de l’acteur peut paraître un peu neutre dans certains passages, Edouard Baer transmet de l’émotion au public. Et cela donne finalement plus lieu à un monologue et un vrai jeu d’acteurs, qu’à une simple lecture. Edouard Baer n’a pas le texte sous les yeux, il ne lit pas, il joue, avec émotion, humour, tendresse. La lecture se transforme en jeu. On voit l’homme derrière son bureau qui nous raconte son enfance, sa vie. On voit l’homme et ses souffrances. On voit le passé. Ce n’est pas une lecture au sens propre du terme, comme cela est annoncé dans les médias. Edouard Baer ne lit pas Un pedigree, il le met en scène et c’est sans doute la raison pour laquelle il remplit le Théâtre Antoine. D’ailleurs, il y a des prolongations. Vous pouvez encore voir Edouard Baer, jusqu’au 18 décembre prochain, tous les dimanches à 19h. Pour acheter vos places, c’est ici.

Une très belle soirée !

Pour un petit aperçu, voici un passage d’Edouard Baer, disant Un pedigree, à La Grande librairie, sur France 5.

Site de La Grande librairie

Site du Théâtre Antoine

« La nuit ne dure pas » de Dani

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La nuit ne dure pas, récit autobiographique de Dani, Flammarion, octobre 2016, 255 pages, 19€90

Dani revient à la fois dans les bacs et sur les tables des librairies, avec un album et un livre qui portent le même nom : La nuit ne dure pas. Un titre qui résume assez bien la vie de l’actrice-mannequin-chanteuse-propriétaire du club L’aventure-fleuriste… Une vie remplie de culture, de cinéma, de chansons. D’ailleurs Dani a l’élégance de remercier et de citer au tout début de son livre, en exergue, tous ses auteurs-compositeurs. Une flopée de stars de la chanson, du texte. De Boris Bergman à Etienne Daho, en passant par Serge Gainsbourg ou encore Pierre Grillet. Une belle reconnaissance.

Pas une vie toujours simple, mais une vie faite de rencontres. Le père de ses enfants, des artistes de nuit, le réalisateur François Truffaut, l’acteur Jean-Pierre Léaud, Thierry le Luron, Karl Lagerfeld pour ne citer que les quelques artistes avec lesquelles elle pose sur de belles photographies éparpillées au fil des pages.

Finalement, cette autobiographie retrace à travers la vie de Dani toute une époque. Les amoureux de cette période artistique apprécieront les anecdotes, la sincérité, la poésie parfois. On referme le livre avec l’envie de revoir La Nuit Américaine de Truffaut et d’écouter encore et encore son dernier album.

Site des éditions Flammarion

Les photographies de Vincent Delerm

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Vincent DelermVincent Delerm, L’été sans fin / Songwriting / C’est un lieu qui existe encore, Editions Actes Sud, octobre 2016, 32€.

Le nouvel album « À présent » de Vincent Delerm est dans les bacs depuis quelques semaines. Parallèlement, le chanteur est aussi sur les tables des librairies avec trois livres qui allient photographies et textes. Le premier, L’été sans fin, réunit un ensemble de photographies prises pendant des vacances. Chaque photo est accompagnée d’une légende, toujours juste, drôle, touchante. Quelques mots bien choisis qui nous raconte toute une histoire avec une simple photographie.

Un guidon de vélo légendé « Je peux être là dans dix minutes ».

Une tong légendée « Tout est simple ».

Un mur face à la plage légendé « Hize à minuit. Le scooter à l’arrêt. La fille qu souriait. Le garçon bruni. Évanouis. »

Le deuxième livre, C’est un lieu qui existe encore, retrace la vie de son grand-père Pierre Marius Chosson. En 2009, Vincent Delerm demande à son grand-père de lui parler de sa vie.  Il revient sur son enfance, sa femme, la guerre, les rencontres d’une vie, des dates et des lieux marquants. Il lui rend hommage dans ce petit livre touchant, où les souvenirs et les photographies se mêlent avec émotion.

Enfin, le dernier livre, Songwriting, est sans doute celui qui m’a le plus touchée et emportée dans le monde de Vincent Delerm. Il évoque ses tournées. Plusieurs parties composent ce petit livre : Writing, Meeting, Recording, Travelling, Walking, Sleeping, Singing. Des photographies de textes de chanson, de chanteurs comme Alain Souchon, Jeanne Cherhal ou encore Alain Chamfort, jusqu’aux chambres d’hôtels, aux repas d’après concert. On entre dans l’intimité d’une tournée. Avec humour et élégance. Comme toujours. Quand il parle de l’écriture :

Je me souviens que le mot « rouge » ne rime qu’avec « bouge », que si quelque chose est rouge dans une chanson on sait qu’un truc va bouger juste après.

Quand il parle des chambres d’hôtel :

Je me souviens du panneau dans la salle de bains demandant d’économiser l’eau pour sauver la planète alors que c’est pour diminuer la facture d’eau de l’hôtel.

Dans ce livre, on retrouve la beauté et l’humour de ses textes de chanson. On retrouve un peu de la délicatesse de son père Philippe Delerm. Trois beaux textes à lire, à voir.

Site officiel de Vincent Delerm

Site des éditions Actes Sud

« Le Mystère Henri Pick » de David Foenkinos

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Le Mystère Henri Pick, roman de David Foenkinos, Gallimard, avril 2016, 285 pages, 19€50.

En Bretagne, à Crozon, Jean-Pierre Gouverc décide d’ouvrir une bibliothèque des  refusés. Ainsi, tous les écrivains qui n’ont obtenu que des refus de la part des maisons d’édition, et qui n’en peuvent plus de se traîner leur manuscrit, pourront venir le déposer ici. Finalement, Gouverc veut créer une « bibliothèque des écrivains ratés », comme lui sous-entend sa jeune bibliothécaire Magali. Cette dernière va donc accueillir chaque jour des dizaines d’écrivains dont les manuscrits ont parfois reçu des dizaines de lettres de refus. Au début, c’est un véritable succès, de nombreuses personnes affluent jusqu’à Crozon pour déposer leur œuvre, mais la folie retombe peu à peu, jusqu’à ce qu’un événement vienne relancer la machine. Delphine Despero, jeune éditrice chez Grasset, vient faire un tour dans cette bibliothèque et découvre un manuscrit extraordinaire, d’un certain Henri Pick…

Dans ce nouveau roman, David Foenkinos parle de la littérature, des livres, des bibliothèques, des lecteurs, des écrivains. Le Mystère Henri Pick est un roman sur le livre, au centre de toute l’histoire. De nombreux passages mettent d’ailleurs en avant, avec plus ou moins de sarcasme, le milieu littéraire actuel. Il met en scène de véritables acteurs de la vie éditoriale : Olivier Nora et Jean-Paul Enthoven chez Grasset, Frédéric Beigbeder, Philippe Jaenada ou encore Richard Ducousset chez Albin Michel… Ce roman montre les coulisses de l’édition, de l’écriture à la promotion du livre. Le Mystère Henri Pick est une enquête littéraire où le suspense vous tient jusqu’aux dernières pages.

Site des Editions Gallimard