« Une jeunesse en fuite » d’Arnaud Le Guern

Une jeunesse en fuite, roman d’Arnaud Le Guern, éditions du Rocher, 2019, 225 pages, 17€90.

« Dans la famille,  la place de l’écrivain. Identique à celle du mort, en voiture. Gare aux sorties de route.

Nous sommes en été, comme dans le précédent roman d’Arnaud Le Guern (je crois qu’il hiberne le reste de l’année). Il revient sur les traces de son enfance, en Bretagne, alors qu’il vient quelques jours chez ses parents. Il est en train d’écrire son nouveau roman et souhaite relire les lettres que son père leur a envoyées lorsqu’il était médecin militaire pendant la Guerre du Golfe. De ces lettres lui reviennent les souvenirs de son adolescence dans les années 90 : la Bretagne, les filles, les premières amours, la plage, les actrices, les premiers films, la librairie Dialogues, l’absence de son père…

À la fois poétique et mélancolique, ce roman est particulièrement touchant, car Arnaud Le Guern a cette finesse, cette sensibilité et cette élégance dans l’écriture qui font tourner les pages jusqu’à la dernière sans s’en apercevoir. On a souvent lu des livres sur la mère, mais plus rares sont les livres sur le père. Une jeunesse en fuite, au-delà d’un livre de souvenirs des années 90 et d’une nostalgie de l’adolescence, est un hommage au père. Une lettre d’amour a un père pudique, et discrètement aimant. Alors que l’auteur a l’habitude d’écrire sur sa famille, sa mère le met en garde : son père est fragile en ce moment, après la mort de leur chien, Tess. Elle aimerait lire son roman avant qu’il ne le publie. Pas comme la dernière fois où il a parlé dans son livre d’un oncle suicidé, et où elle a été obligée de s’expliquer devant le reste de la famille. Un sujet si sensible pour tous les auteurs : mettre en scène ses proches dans les livres. Doit-on elle faire ? Se censurer ? Laisser les noms ? Les changer ? Camoufler certaines vérités ? Mentir pour arranger les sensibilités de chacun ? Arnaud Le Guern ne s’embarrasse pas, ce qui est le propre des vrais écrivains.

Extraits :

« — Mais quelle est réellement ton envie ? Tu n’es pas clair…

— C’est flou comme chez Modiano.

— Arrête avec tes références. Tu vas perdre tes lectrices !

— Je m’amuse avec elles.

— Elles vont définitivement te lâcher.

— Je les retrouverai sur la plage.

— Quelle plage ? Tu te fous de moi ?

— Tu comprendras.

— Bon, ce roman ?

— Tu vas détester.

— Je n’en doute pas. »

Site des éditions du Rocher

Poster une note dans le carnet

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s