« Après » de Nikki Gemmell

Après de Nikki Gemmell, Au Diable Vauvert, 2018, 335 pages, 22€.

Nikki Gemmell a perdu sa mère. Elayn était mannequin dans sa jeunesse. Puis, un jour, elle a commencé à vieillir, elle est tombée malade, elle ne pouvait plus faire plein de choses toutes seules. Alors, même si c’est interdit en Australie, elle s’est renseignée auprès des associations qui pratiquent l’euthanasie. Un jour, on l’a retrouvé avec des médicaments, une bouteille d’alcool et le livre de cette association. Elle n’a laissé aucune lettre, si ce n’est le message de cette dernière image d’elle. Ses enfants, son entourage, personne n’était au courant de son geste et de sa volonté de partir de son plein gré. Nikki Gemmell a alors eu le besoin d’écrire, d’en faire un livre, de parler de ce sujet qui reste tabou en Australie, mais aussi dans d’autres nombreux pays comme la France.

« La découverte du corps, quelques heures auparavant. Une scène de crime parce que c’est ainsi qu’on l’appelle quand il s’agit d’une telle situation, quand les circonstances d’une mort sont étranges et inconnues dans un foyer. Ma mère était devant la télévision. Le dernier épisode de The Bachelorette était passé la nuit précédente et j’ai espéré qu’elle s’était bien marrée en le regardant. Mais je n’ai pas demandé à la police sur quelle chaîne la télé était branchée, j’aurais eu l’impression d’aller trop loin. Les agents ont fouillé l’appartement de ma mère. Ils ont interrogé les ouvriers qui les avait prévenus. On leur a dit de remballer leurs outils et de s’en aller. Les policiers ont pris des choses dans l’appartement d’Elan. Des preuves. Ah. »

Alors que je la rencontre autour d’un café lors de sa venue en France en janvier dernier, pétillante, rayonnante, Nikki Gemmell raconte qu’elle a commencé à écrire ce livre six mois après la mort de sa mère. Toutes deux ne s’entendaient pas très bien. Sa mère ne lui faisait jamais aucun compliment (c’était plutôt le contraire), elle était cynique avec sa fille, méchante, sarcastique, elle la culpabilisait. Pourtant, ce livre est une lettre d’amour à sa mère. Nikki Gemmell a voulu lui rendre hommage une dernière fois : « My mother was the love of my life, and the hâte of my life », dit-elle lors de notre rencontre.

« Elayn était l’incarnation même de la mère de Proust qui torturait l’esprit de son fils parce qu’elle n’arrivait jamais à monter les escaliers pour lui souhaiter bonne nuit. Voilà pourquoi je suis partie vivre ma vie d’écrivain. Ailleurs. Toujours ailleurs. N’importe où, mais loin de chez moi. »

Après la sortie de son livre, le sujet a commencé à être abordé en Australie, et l’euthanasie est désormais autorisée dans un état du pays. Les lobbys religieux sont les plus réfractaires. Ce sont eux qui empêchent l’avancée de ce combat que mène désormais Nikki Gemmell auprès d’un avocat. Elle a écrit ce livre pour elle, mais aussi pour les personnes dans la même situation que sa mère. Nikki Gemmell veut simplement  leur dire de parler et surtout d’évoquer le sujet avec leur entourage et leur famille même si c’est difficile. Un roman intime qui révèle toute la violence de la relation de l’écrivain avec sa mère, et qui met en lumière un sujet des plus tabous.

Site des éditions Au Diable Vauvert

Site de l’Agence Anne & Arnaud

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