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Matéi visniec

Matéi Visniec, Le marchand de premières phrases, Editions Jacqueline Chambon, 357 pages, 23,50 €

Lors de la remise d’un prix littéraire, un homme au métier plus qu’étrange se promène entre les invités. Alors qu’il déambule, il rencontre l’un des lauréats, narrateur de ce roman kaléidoscope, et voudrait lui proposer ses services. Guy Courtois est marchand de premières phrases. Depuis trois-cents ans qu’il exerce ce métier, il a rendu de fiers services à de grands écrivains qui ne savaient pas comment débuter leur roman. De la célèbre « Aujourd’hui, maman est morte » d’Albert Camus, à Melville, Thomas Mann, en passant pas Hemingway, James Joyce jusqu’à la première phrase du roman Truismes de Marie Darrieussecq, aucune n’a été créée par son véritable auteur. Derrière tout ces incipits se cache Guy Courtois.

Roman kaléidoscope

Fascinant par sa construction, ce roman kaléidoscope rompt l’ennui qui aurait pu s’installer au fil des pages en alternant avec différents genres. Les souvenirs d’enfance répondent aux pensées du narrateur. La poésie amène le lecteur à la rencontre de sa compagne Mlle Ri, avant de retourner au genre épistolaire pour mieux faire la connaissance de Guy Courtois. Tous ces chapitres s’entrecroisent et se répondent. On ne comprend pas toujours le rapport entre eux. Au lecteur d’être patient, l’intrigue demeure jusqu’aux dernières pages pour son plus grand plaisir.

L’ère du roman industriel

Matéi Visniec plante le décor de son roman dans des lieux bien réels. À Paris, il fait référence à L’écume des pages, la librairie du boulevard Saint-Germain. Du mythe de l’écrivain parti à Deauville et Trouville pour écrire, à la découverte de Venise où l’on lit Stendhal et Régis Debray tout en allant au Caffè Florian, la littérature demeure le socle de tout le roman. Autour de réflexions sur la littérature contemporaine, les rentrées littéraires et leur trop-plein de livres, ou encore les difficultés de l’écrivain à se tenir à un projet, chaque lettre de Guy Courtois est le lieu de nouvelles réflexions. Pour lui, l’ère du roman industriel a remplacé celle du roman artisanal : « Le monde a changé, aujourd’hui on écrit trop, en outre il y a l’apparition de ces maudits software (allez savoir où on a trouvé un nom pareil) qui écrivent des romans combinatoires. »

L’autofiction

Aucun sujet n’est laissé de côté, on en vient même à évoquer l’autofiction. Cette frontière entre réalité et fiction est alors apparentée à un « copié collé » de la vie, dans un livre. On retrouve d’ailleurs certains termes entendus lors de récents procès comme le vol, ou le viol sans le nommer : « J’avais l’impression que tous ces gens […] ne faisaient autre chose que me tâter à l’intérieur et à l’extérieur, ils entraient en moi comme des fourmis dans une fourmilière, ils visionnaient mes fantasmes et notaient mes pensées. » En décryptant avec précision le milieu littéraire, Matéi Visniec fait de ce Marchand de premières phrases un roman éminemment actuel.

Site des éditions Jacqueline Chambon

Site de Matéi Visniec

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