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David Foenkinos

Charlotte, roman de David Foenkinos, aux Editions Gallimard, août 2014, 18€50.

Charlotte a valu a David Foenkinos d’être lauréat du Prix Renaudot, et du Prix Goncourt des lycéens.

Chronique parue dans la Revue Littéraire des Editions Léo Scheer numéro 55 :

Alors qu’il était en voyage à Berlin, David Foenkinos retrouve l’une de ses amies. Employée dans un musée, elle lui propose d’aller voir l’exposition temporaire. Elle est consacrée à l’œuvre de Charlotte Salomon.

Rien de prémédité. / Elle m’a guidé vers la salle. / Et ce fut immédiat.

Charlotte Salomon, née le 16 avril 1917 à Berlin, se trouve propulsée dans une famille où le secret règne sur de multiples suicides. On prie pour qu’elle ne soit pas victime de cette sorte de malédiction qui s’abat sur leur famille depuis plusieurs années. Charlotte est préservée. Elle grandit et trouve sa vocation dans la peinture. Elle entre miraculeusement à l’Académie des Beaux-Arts de Berlin, à une époque où à peine 1% de juifs étaient acceptés.
Malheureusement, la guerre avance, et la situation du pays se dégrade de plus en plus. Les juifs sont en danger, mais la famille ne déménage pas. Le père reste optimiste.

Les pessimistes ont fini à Hollywood, et les optimistes à Auschwitz.

Phrase de Billy Wilder.

Quelques mois plus tard, le père est déporté dans un camp de concentration. Grâce à des connaissances, il en revient miraculeusement. Ce qu’il a vécu le marquera à vie. Il se rend seulement compte à son retour du danger qui tourne autour de la communauté juive. Il prend une décision radicale pour sa fille. Elle n’est plus en sécurité à Berlin, et doit partir en France rejoindre ses grands-parents. Mais Charlotte est amoureuse. Elle veut tenir tête à son père, jusqu’à ce que son amant, qui n’accepte pas l’idée qu’une histoire d’amour prenne le risque d’une issue tragique, lui dise ces quelques mots qui suffiront à la faire partir :

Si tu ne pars pas, je ne te verrai plus.

Charlotte Salomon part dans le sud de la France, pour y retrouver ses grands-parents. La grand-mère se suicide, au bout de quelques mois. Son grand-père, devenu irascible, lui apprend alors le secret qui pèse sur cette famille depuis tant d’années.

Aux détours des pages, David Foenkinos raconte à son lecteur sa découverte de Charlotte Salomon, ainsi que son propre parcours sur les traces de l’artiste peintre. Ce livre nécessita un travail de plusieurs années, entre recherches documentaires et voyages à Berlin, et dans le sud de la France. David Foenkinos ne trouvait pas la manière de traiter le sujet :

J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois. / Mais comment ?

Après plusieurs abandons, un réel investissement dans la passion pour « son héroïne » fut donc indispensable et bénéfique pour ce roman passionnant écrit en vers libres. Il s’explique :

Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite. / Je me sentais à l’arrêt à chaque point. / Impossible d’avancer. / C’était une sensation physique, une oppression. / J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.

Ce choix délibéré provoque une dimension presque mystique à l’histoire tragique de cette femme remarquable. David Foenkinos signe sans doute avec Charlotte son plus grand roman.

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