François Nourissier Roman voléRoman volé, de François Nourissier, aux éditions de poche Folio, 2002 (Grasset, 1996), 122 pages, 3€.

François Nourissier, ancien président et membre de l’Académie Goncourt, homme de lettres regretté de tous, à sa mort en 2011, devrait être lu et relu, encore et encore.

Je découvre Roman volé, l’histoire, comme son titre l’indique, d’un roman volé, ou plus précisément d’un manuscrit. François Nourissier se retrouve séparé de sa précieuse valise qui contenait son nouveau roman. On lui a volé. C’est la catastrophe, tout ce temps passé, toutes ces heures à chercher le bon mot, à vider des bouteilles d’encre, et user des plumes. Quel temps perdu. Mais finalement, lorsqu’un espoir arrive, lorsque par miracle on l’informe que l’on a retrouvé sa valise ainsi que le manuscrit, il ne sait plus vraiment s’il a envie de le récupérer. Il est passé à autre chose, comme s’il avait fait une croix dessus, il y a pensé et repensé, en se disant que finalement ce n’était pas si grave, que ce qu’il avait écrit n’était peut-être pas si bon. Que se passe-t-il dans la tête d’un écrivain ? Quel est son rapport avec ses écrits ?

Ce sont deux des questions essentielles de ce court texte. François Nourissier en nous narrant cette mésaventure pose la question du rapport entre l’écrivain et sa plume, ses doutes, ses peurs, ses envies. Ce livre est une réflexion sur l’écriture et l’écrivain, sur l’écrivain et les médias, sur la manière d’écrire — où et quand —, sur les sensations de l’écrivain face à l’achèvement de son texte. Un livre fabuleux, et fort, qui fait renaître Nourissier pendant quelques heures.

Un Occidental de la fin du XXe siècle qui se refuse au « traitement de texte », à l’intervention d’un secrétariat, à la photocopie immédiate (avec tout ce qu’il entre de stupidité et de hasard dans ces refus), est une bête curieuse. Une rareté sociologique digne de pitié. En me plaignant on consolait le ringard malchanceux, comme en d’autres circonstances on salue le courage malheureux. Dans un temps où chaque rot bureaucratique est tiré à vingt exemplaires, cette version gribouillée, raturée et unique d’un roman apparaissait comme une provocation presque émouvante à force de niaiserie. Honneur et réconfort à l’artisan solitaire, à la dentellière, au rempailleur ! Avec ma pointe Bic, mes verres de myope, ma loupe, mon application de vieux potache à la main moins sûre qu’autrefois, j’étais à moi seul un monument digne du classement.

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